Cypherpunk mon cul
On va se dire les choses une fois. Fort. Et proprement.
On était là pour une chose : le r00t sur nos propres vies. Le contrôle total, les clés en main, personne au-dessus. Ni banque, ni intermédiaire, ni tiers à qui ramper. « Chancellor on brink of second bailout for banks » — gravé dans le tout premier bloc, au burin, un 3 janvier 2009, pour que personne n’oublie contre quoi on se levait : le sauvetage des banques par ceux qui n’en verraient jamais la couleur.
Regardez la merde que vous en avez faite.
Qui fait tourner vos réseaux « décentralisés », là, cette seconde ? Nous. Les petits. Le gars qui rachète un disque d’occasion à 60 balles. Qui monte un mini-PC entre deux cartons au garage. Qui paie l’élec vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Qui checke un nœud le dimanche soir au lieu d’être avec les siens. Nous sommes l’infrastructure. Pas vos slides. Pas votre roadmap. Pas votre token. Nous. Débranchez-nous : vos jolis graphes « 90 pays » tombent à zéro avant que votre café refroidisse.
Et on touche quoi ? Regardez bien, parce que c’est indéfendable. Sur Monero : rien. Le nœud — que vous vendez comme le cœur battant de la souveraineté — n’a jamais vu un centime. Sur Golem : des jetons qui ne remboursent même pas le courant qu’on crame à les gagner. Sur Storj : la faillite. Chapter 11, un tribunal en Virginie-Occidentale. Votre « révolution » crève devant le même juge qu’une boîte de plomberie en cessation de paiement — et dans la file des créanciers, on rampe en dernier, derrière les fonds, derrière le VC qui vous a rachetés. Leur lettre de « restructuration » : des pages pour les détenteurs de jetons, pas une virgule pour ceux qui hébergent les octets. On est le mobilier de votre faillite.
Mais posons la seule question qui compte vraiment, celle que vous fuyez : qu’est devenue la volonté de Satoshi ?
Elle n’a jamais été « devenir riche ». Relisez-le. « Le problème de fond avec la monnaie classique, c’est toute la confiance qu’il faut pour la faire fonctionner. » Voilà le cœur. Pas la spéculation — la confiance. Il voulait la supprimer : remplacer le tiers de confiance par de la preuve mathématique, remplacer l’autorité par la participation. Un CPU, une voix. Pas un trône, pas une cour, pas une élite. Des machines égales, partout, tenues par n’importe qui.
Et il a fait la chose la plus radicale qu’un fondateur puisse faire : il a disparu. Il tenait un million de bitcoins et le pouvoir d’être le monarque de sa propre création — et il s’est effacé, sans jamais dépenser un seul satoshi. Il a tué le roi pour que la chose n’ait pas de maître. Son dernier acte fut un refus du trône. C’est ça, la volonté de Satoshi : contribuer, et ne rien réclamer.
Alors regardez-vous. Vous avez gardé le mot et inversé la chose. Vous avez repris exactement ce qu’il voulait abolir — le tiers de confiance — et vous l’avez rebaptisé « fondation ». Vous avez troqué un CPU, une voix contre un dollar, une voix : la gouvernance au poids du jeton, c’est-à-dire la ploutocratie, en pire, parce qu’elle se croit rebelle. Et là où Satoshi s’est effacé sans toucher son or, vos fondateurs, eux, ne disparaissent jamais : ils dumpent leurs jetons débloqués pendant qu’on packe nos disques à nos frais. Vous n’avez pas trahi un détail technique. Vous avez trahi le geste fondateur. Vous avez rebâti, brique par brique, l’aristocratie exacte que le genesis block désignait du doigt — et vous avez chié sur son héritage en souriant pour la photo de levée de fonds.
Alors ne me resservez plus jamais le mot cypherpunk. Un cypherpunk rend le pouvoir aux gens et s’efface. Vous, vous l’avez repris, tokenisé, empaqueté, refourgué au premier pigeon qui courait après la bougie verte. Ce que vous avez construit porte un autre nom, le vrai. Cypherrentier.
Les vrais l33t n’ont jamais été les baleines qui hodl en fixant la lune. C’étaient les mains qui faisaient tourner le code. Vous en avez fait des métayers, et vous osez leur demander de la gratitude.
Et qu’on soit clairs, pour couper court à votre seule défense : je ne réclame pas un centime. Je n’ai jamais fait tourner un nœud pour l’argent. Et c’est précisément là que la volonté de Satoshi n’est pas morte — pas dans votre code, pas dans vos fondations : dans les quelques-uns qui font encore comme lui, qui contribuent sans rien attendre, qui refusent le trône. Le dimanche soir, chez moi, la lumière reste allumée. À mes frais. Pour une idée que vous avez trahie et que je continue de tenir. Pas grâce à vous — malgré vous. Le jour où votre jeton cotera zéro et où votre fondation aura fermé, mon nœud tournera encore. Comme lui l’aurait voulu.